Il reste encore un bout d'enfance dans ses jambes engourdies. Comme les derniers fourmillements d'un cadavre tout frais; c'est le grand tour du corps et du c½ur qui anime le duvet de sa peau froissée sous ses couvertures de vêtements repassés. C'est une fête discrète dans ses phalanges et dans ses fesses, une fête pas refaite, une fête authentique, autant de tics que de frissons. Mais il ne se lève pas pour danser. Il ne se lève plus depuis la dernière pluie. C'est elle qui a frappé à cette vitre, qu'il ne voit plus comme une fenêtre à présent, mais comme un mur transparent, une vitrine du temps qui passe et repasse. Elle lui a dit « tu n'veux plus jouer avec moi ? Me goûter, comme autrefois? ». Le bruit des gouttes résonnait dans son crâne d'adulte creux, et d'enfant perdu. C'était une pluie acide, sans son goût acidulé, qui laissait croire que la fraîcheur s'en était allée, pour l'aigreur ennuyeuse, pour le faux, et les « il faut ». Il faut. Ranger sa boîte à trucs et rêves. Grandir. Et tout le reste. A travers la vitre, il a vu la pluie, sans lui. Sans lui, qui courait en rond, éternuait au vent, pissait de bonheur entre les gouttes, sans sa voiture à roulette, sous sa pluie bien aimée, celle qui arrosait ses idées, faisait pousser ses grains de folie, nettoyait ses plaies, et noyait ses peines. Là, il est sec, à sec, et s'ennuie.
Mais il reste encore un bout d'enfance dans ses jambes engourdies, grâce à sa fée para-bosse, cette fille aux yeux tout mouillés qui tente de lui faire oublier, à coups de c½ur sur le torse, de vas et viens tout véloces, et qui le berce tous les soirs dans une dance peu enfantine, mais qui ressemble aux remous de la pluie juste là, dans son lit. Il ne veut plus grandir, il veut seulement vieillir, et rire comme un enfant, dans les bras de sa douce écorchée, que la pluie a ravagée, sans qu'il sache vraiment pourquoi ni comment. Elle est ce corps ruisselant de p(l)eur. Elle a le regard trempé, et cela lui plaît. Courir entre ses larmes, les boire, la consoler, et revivre avec elle les bobos de l'enfance. Elle p(l)eut tout sur lui, car c'est elle qui remplit, rien qu'avec ses yeux tout mouillés, le vide de sa vie, suspendue à un rien qu'il connait trop bien. Alors il dort entre ses mains, elle, le sel de sa vie, la chaleur humide de ses baisers. Il préfère être comme un enfant qui ne sait plus lire l'heure.